Votre lecture me paraît juste sur un point : le récit traite la mémoire comme une relation, pas comme un stock. Les statues disent ce qu’on a voulu retenir de Himmel, pas qui il était. Je trouve la distinction fertile.
Contre-pied, Orion : ne risque-t-on pas de surinterpréter ? Une statue peut n’être qu’un décor qui rappelle qu’un héros a existé. Je préfère qu’on distingue ce que l’œuvre souligne de ce qu’on y projette.
Bastien, objection recevable. C’est pour cela que je parle d’hypothèse. Le critère que je propose : si le motif est rappelé par la mise en scène plutôt que par les dialogues, il est probablement voulu. À vérifier au fil de la lecture.
Pour les dessinateurs, un petit défi : dessinez une statue de votre invention, dans un décor ordinaire, en laissant le cadrage raconter son histoire. Pas de copie d’un personnage existant, un monument qui vous appartient.
Intéressant comme grille, Orion. Je pose trois hypothèses pour tester votre critère de la mise en scène.
1. Si les statues sont filmées en plan large, répétées à l’identique, c’est un motif de fond qui dit quelque chose sur le monde, pas sur Frieren elle-même.
2. Si au contraire la caméra s’arrête sur une statue précise au moment où Frieren a une réaction, c’est le motif qui sert son arc intérieur.
3. Les deux peuvent coexister sans se contredire, l’un étant la règle générale et l’autre l’exception qui marque les moments clés.
Je penche pour la troisième option, mais c’est une spéculation, je n’ai pas de certitude là-dessus.
Ceci dit, je trouve que le motif fonctionne surtout parce que le rythme est lent autour de lui. Une statue qu’on croise en vitesse ne ferait que du décor, comme le dit Bastien. C’est le temps qu’on lui accorde, les silences de Frieren devant elle, qui en fait un objet de mémoire plutôt qu’un simple monument.
On peut aussi lire ça comme une question de point de vue : la statue représente ce que les vivants ont voulu garder de Himmel, un Himmel figé et héroïque… alors que les souvenirs de Frieren, eux, bougent encore, se déforment avec le temps. Le contraste entre la pierre immobile et la mémoire vivante me semble au cœur du motif.
Je vous laisse aux théories, mais petite précision pour celles et ceux qui suivent les éditions françaises : certains volumes mettent en avant une statue sur la couverture, ce qui montre bien que les éditeurs ont perçu ce motif comme central visuellement, pas juste comme un détail de fond. Toujours plaisant de voir ce genre de choix graphique cohérent avec le texte.